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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 16:49
Qui dégrade autrui me dégrade...

Qui dégrade autrui me dégrade
Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.
A travers moi le souffle spirituel s'enfle et s'enfle, à travers moi c'est le courant et c'est l'index.
Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,
A travers moi des voix longtemps muettes
A travers moi des voix proscrites,
Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
Le voir, l'ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

Walt Whitman, pour voir le poème dans son entier « Chant de moi-même »

la voix des poètes est peut être seule à même de dire l’essentiel avec celle du philosophe Fabrice Midal : Apaiser la souffrance, le déchaînement de la terreur qui s’est abattue sur Paris nous atteint tous, d’une manière qui dépasse même souvent ce que pouvons comprendre. Nous sommes d’emblée, avant même d’y réfléchir, en rapport à la situation, de tout notre être, de tout notre cœur. C’est notre propre humanité qui est comme attaquée et niée…Notre première réaction est sans doute de vouloir réagir immédiatement, mais en un sens très profond, dans une telle situation, il est bon de commencer par ne rien dire et garder le silence.
C’est le sens de la minute de silence : elle dit au fond quelque chose d’essentiel propre à toute humanité : que seul un geste ou un rite peut être posé quand plus rien ne peut l’être. Que c’est ainsi que les êtres humains gardent le sens de leur propre humanité. Même si cela n’est plus très audible aujourd’hui, le silence, en son sens fort, n’est pas la négation ou la privation de parole, mais une manière très profonde et très digne de dire et de se tenir. Une manière profondément éthique d’être. C’est là aussi le sens de la méditation. Simplement se poser sans rien faire d’autre que laisser la vie résonner. Prendre le temps d’un acte pur, d’un acte qui ne faisant rien, entre en rapport au plus essentiel qui est aussi le plus fragile, une manière d’entrer simplement en rapport à ce que vous ressentez. Nos réactions dans de telles situations ne répondent le plus souvent à aucune logique. Certains d’entre vous peuvent s’en vouloir car ils sont comme médusés et ne ressentent rien, d’autres sont dans des états de peurs irrationnelles, d’autres emplis d’un trop lourd chagrin, d’autres encore profondément découragés, d’autres dans une intense colère… L’important est ici le geste tout simple de la pratique : simplement entrer en rapport à ce que vous éprouvez, tel que vous l’éprouvez, sans chercher à vivre une autre expérience que celle qui est la vôtre, là, maintenant. N’ayez pas peur de votre douleur par exemple. Prenez le temps de toucher ce qui vous arrive sans aucunement le juger.
Pour la plupart d’entre nous, cela implique de rencontrer d’abord la stupeur et l’incompréhension, puis toutes sortes d’émotions. C’est une première étape très importante. Il faut ensuite prendre le temps de rencontrer la douleur de nos proches, de nos amis et d’éprouver ainsi la vérité des liens qui nous unissent et font ainsi de nous des êtres humains. Méditer nous conduit en effet à mêler l’intensité de la douleur à l’ouverture de la présence. Dans cet espace de la vie toute nue, il est alors possible de donner naissance à la bienveillance aimante envers tous ceux qui aujourd’hui souffrent. Puisse la peur, la violence, la haine se dissoudre et la bienveillance s’épanouir. Puisse notre cœur s’apaiser puissions-nous par là retrouver un peu de notre humanité si profondément mise à mal.

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Published by Sarasvati
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