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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 16:06
De l’intuition des phénomènologistes Husserl, Merleau-Ponty aux neurosciences : un monde pré-élaboré…

Alors que nous pensons habituellement fonctionner comme si le monde était posé devant la conscience qui n'aurait qu’à le regarder d'en haut pour le comprendre. Ce que je suis ne peut être indépendant du monde dans lequel je vis, l'intentionnalité ne peut se réduire à un mouvement unilatéral de la conscience vers les choses d'où l'illusoire évidence d'une séparation claire et distincte entre l'âme et le corps, le sujet et l'objet, la conscience et le monde.

Contre ces raisonnements dualistes il va falloir réapprendre à voir le monde sans un point de vue extérieur, de surplomb. On est dans le monde plutôt que devant, la perception est déjà une construction, une visée, projet, de notre rapport au monde, les autres sont autant d'autres points de vue, incarnés dans d'autres corps que le mien, différents mais complémentaires. Merleau-Ponty parle dans cette rencontre des intentionnalités d'intercorporite plus que d'intersubjectivé, c'est l'intentionnalité, le mouvement et la sensation du corps qui nous permet d'explorer le monde commun, corps qui a lui même quelque chose de commun avec le monde.
"Le corps en acte" de Merleau-Ponty rejoint le "sens du mouvement" d'Alain berthoz neuroscientifique. L'acte au fondement de notre compréhension de la relation à soi, à l’autre, au monde, l'acte avec son intentionnalité projette sur le monde ses intentions, ses perceptions, ses grilles d'interprétation. Ou autrement dit par Husserl, lorsque je perçois, je suis déjà en train d'agir, la perception n'est pas seulement une interprétation des messages sensoriels, elle est stimulation interne de l’action, elle est jugement et prise de décision, elle est anticipation des conséquences de l’action : "perc'action". Le cerveau dispose de circuits neuronaux capables de reconstruire à la fois mon corps et le monde, de modèles internes permettant cette anticipation. Les mouvements donnent l'impression d'être réalisés consciemment, ce qui permet de naviguer dans le monde sans avoir à traiter toute son information, tel un skieur qui dévale une pente à 100 km/h.

De plus l'information transmise par les sens est, dès son origine, empreinte d'émotion d'une manière inconsciente, ce qu’avait démontré William James décédé en 1910, Antonio Damasio puis Alain Berthoz : « l'émotion n'est pas faite pour réagir aux aléas du monde, mais elle est en fait un guide, une préparation de l'action, en transformant le monde perçu, elle sert à établir un contexte pour l'action. Le Sens du mouvement et La Décision, permet de dire à la suite de nombreux autres neurophysiologistes qu’au commencement, n'était pas le verbe mais l'action. C'est à partir de l'action que nous construisons notre perception du monde, le cerveau n'est pas un simple simulateur logique qui construit une image du monde pour guider des actions, c'est plutôt un émulateur : il invente un monde en faisant des choix à partir de règles implicites qu'il a intégrées au cours de l'évolution, sans doute parce qu'elles étaient nécessaires à sa survie. Ainsi peut-on considérer que notre représentation du monde en trois dimensions est imparfaite mais qu'elle résulte du meilleur choix que l'homme ait trouvé pour échapper à ses prédateurs. Cette théorie du cerveau émulateur et décideur permet de créer un lien entre processus conscients et inconscients »

« Au commencement était l'action » entretien d’Alain Berthoz dans le mensuel LA RECHERCHE: n°366 daté juillet 2003 à la page 74. Revue psychologie mois de Mars 2016

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Published by Sarasvati
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