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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 10:58
Conférence de JP Schnetzler (suite):

Cet enseignement de l’anâtman, de l’anatta, de l’inexistence réelle et ultime du moi, est un enseignement difficile à comprendre dit le Bouddha. Par exemple de dire que la libération survient en rejetant tout dans un acte romantique ou anarchiste de liberté sans frein. On a connu cela sur les chemins de Kathmandou, et également chez ceux qui recherchent une fusion extatique, de type non pas transpersonnelle mais en réalité de type pré-personnelle, une expérience de fusion avec le sein maternel ou avec la puissance protectrice, comme on voudra. C’est d’ailleurs ce qui motive les critiques de Sigmund Freud sur ce point précis. D’autres voient une libération du moi dans le fait de se soumettre complètement à un autre : le maître spirituel, ressenti comme un autre que moi, en essayant ainsi de supprimer désespérément les limites interpersonnelles. D’autres enfin pensent qu’il faut tuer le moi pour passer outre et se livrent à des processus d’assassinat de l’individu à la suite de guerres civiles douloureuses qui relèvent plus du sado-masochisme, mais certainement pas d’une voie spirituelle. Le Bouddha était non violent et n’a jamais recommandé d’assassiner personne…pas même soi-même. Avant de devenir personne, d’accepter de n’être rien, il faut déjà être quelqu’un ; il faut avoir un moi avant d’accepter de le perdre. Il faut que celui-ci fonctionne avant qu’il puisse s’effacer. L’anatta ne consiste pas à tuer un moi réel. Cette vérité consiste à reconnaître que le moi est une illusion, à percevoir qu’il n’a jamais été réel et que ce qui n’a jamais été réel disparaît au moment même où l’on découvre l’illusion. Il faut donc comprendre que ce qu’il y a à supprimer, c’est l’attachement passionnel à une identification illusoire ; c’est la fixation à un mode d’opérer, à un mode de fonctionner qui existe sous le primat de l’identification : « Je suis cela ». Ce dont il y a lieu de se libérer, c’est donc de cette identification, en reconnaissant : « Je ne suis pas cela, ceci ne m’appartient pas, ceci n’est pas mon moi ». C’est-à-dire qu’il faut se libérer de la relation d’identification : « Je suis cela », ou de la relation d’appropriation : « Ceci est à moi ». Il faut donc se désapproprier et se désidentifier. Alors que nous voyons les choses comme nous désirons qu’elles soient, ou comme nous avons peur qu’elles soient, ou comme nous imaginons qu’elles sont. Ce sont donc les puissances de l’attachement au désir, les puissances de l’attachement à la répulsion et les puissances de l’identification engendrée par le voile de l’ignorance qui doivent être abandonnées. Si ces trois-là sont abandonnées, le moi disparaît, puisqu’il n’a jamais existé.
En fait on pourrait dire, en reprenant la formule de Lavoisier, qu’il n’y a rien qui se crée, rien qui disparaît, mais tout qui se transforme. On va donc laisser se dissoudre, naturellement, avec sagesse et compassion, ce qui est impermanent de par sa nature et qui donc, de toutes façons, se dissoudra.(à suivre)

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commentaires

E
Bonjour Sonam.
Oui ce juste rapport au moi est difficile à saisir, à mettre en place.
Mon questionnement personnel et ma petite pratique quotidienne tourne autour de cela actuellement.
J'ai compris intellectuellement qu'il ne faut pas faire d'ego son ennemi, ne pas le réprimer, juste l'observer dans ces mouvements si l'on ne veut pas le voir se renforcer et réapparaître plus important encore et retomber sous son joug.
Eckhart Tolle,et ton texte semble le dire également, que cette observation sans jugement de ce moi conditionné suffit pour le voir se dissoudre.
Je crois aussi que je dois à nouveau accepter d'y aller pas à pas, expérimenter approfondir cela tranquillement pour ne pas remplacer une illusion par une autre.
Quel est ton commentaire personnel vis à vis de ce texte. As-tu un éclairage que tu pourrais nous confier ?
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S

Merci Emmanuel de me permettre de faire un commentaire! Oui j'ai vu que tu avais ce questionnement aussi...J'ai publié aussi une conférence sur des pratiques (37)à
mettre en place pour aider à travailler sur la saisie de notre ego, le reste bientôt! Conjointement au développement du calme mental, de la pleine conscience du moment présent pour arriver déjà à
controler nos émotions qui ne manquent pas de surgir! Et toujours continuer à s'autoanalyser pour comprendre notre fonctionnement, nos conditionnements, nos illusions. De lâcher prise en lâcher
prise on progresse, faire tomber comme en analyse nos résistances! Travailler toujours et encore sur notre ouverture de coeur, car nous sommes de grands prédateurs (autre article sur J
Salomé)de...nous même! Il y aurait de quoi développer encore et encore, par exemple comment on peut être aider, suivre des enseignements, méditations, relations de coeur à coeur avec qq de
réalisé...