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La plongée dans la précarité est le revers de la normalité sociale, la décompensation de la normalité elle-même par rapport à une longue construction sociale de soi. Une malédiction sociale qui défait les liens et transforme une injustice en honte, inacceptable à l'échelle d'une société. La précarité n'en est pas moins le statut fondamental de tout existant, la vie est précaire, mais les conditions de vie ne doivent pas l'être, d’ou l'ambivalence d'une notion ou il faut admettre notre propre fragilité de vie et pouvoir la combattre collectivement. Réfléchir à la précarité c’est réfléchir au fait que nous sommes vulnérables, exposés à la blessure et à la fragilisation de nos existences. C’est pourquoi il faut penser la précarité au sens politique, dans la cité, aux propriétés minimales des droits, l’exclu est rendu hors du dispositif, livré à lui-même, ce qui est une violence sociale entre un monde célébré et un monde de la désaffiliation. Le travail est un univers de haute fragilité, par l’incertitude, et en même temps de haute protection par son milieu tempéré. La précarité ne peut pas être pensée d’en haut, lorsqu'il s'agit de produire une société décente avec des institutions qui n’humilient pas les gens. Développer un programme de civilisation, donner des moyens de liberté en rapport souvent à l’ingéniosité de l’investissement du quotidien avec les moyens du bord, ex de Soweto à Johannesburg, dans un rapport de bienveillance et de tolérance. Guillaume Le Blanc, professeur de philosophie, son travail porte plus spécifiquement sur la question de la « critique sociale ». Il s’emploie à explorer les limites complexes qui distinguent précarité, exclusion, vie décente et normalité. Il a publié sur ce sujet : Les maladies de l'homme normal, Vies ordinaires, vies précaires L’invisibilité sociale ainsi qu’un roman : Sans domicile fixe