Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

De Sarasvati, source d'inspiration, de savoir et de transformation... Pour partager mes lectures, mes rencontres, mes découvertes pour un regard sur nous mêmes!

Publicité

Le maître spirituel comparé au thérapeute

Ils ont des fonctions thérapeutiques analogues, visent tous les deux à une certaine libération, mais pas au même niveau. Le maître spirituel, quand il est complet, authentique, réalisé, est capable de transmettre sans paroles, silencieusement, directement, de coeur à coeur, ou d’esprit à esprit, l’influx spirituel de sagesse et d’amour, de sagesse ou d’amour ou les deux en même temps, qui éveille l’esprit de son disciple, lequel était déjà présent mais plutôt endormi. Une autre caractéristique du maître spirituel est qu’il se réfère à une lignée spirituelle traditionnelle et n’est pas comme l’analyste, qui ne s’autorise que de lui-­même. Le maître dépend de la lignée spirituelle dont il transmet la pratique et les formes qui remontent au Bouddha lui-même, par une lignée ininterrompue, même si le coeur de la pratique va au-delà des rites, des paroles et de toutes les formes, d’ailleurs. Le coeur est au-delà des formes, mais il se sert des formes. Le rôle fondamental du maître est d’introduire son disciple à la véritable nature de son esprit qui est transcendante, nature de l’esprit que le bouddhisme appelle aussi la « nature de Bouddha » et qui est le véritable maître intérieur. Le maître extérieur ne sert qu’à révéler le maître intérieur, c’est un des paradoxes de la relation maître/disciple. D’ailleurs c’est le disciple qui fait le maître, car s’il n’y avait pas de disciple, il n’y aurait pas de maître, qui n’aurait pas besoin d’enseigner. Et suivant une formule classique, « quand le disciple est prêt, le maître apparaît », ce qui peut s’entendre de bien des façons. En tous cas cela suppose la qualification du disciple ; et en particulier de ses motivations, le but d’un véritable disciple n’étant évidemment pas la simple cure de traits névrotiques. C’est pourquoi le disciple demande et accepte l’influence spirituelle de la lignée du maître, et s’il s’ouvre sagement et amoureusement à ce qui le dépasse, alors le maître donnera ce qui lui est demandé. Il donnera, bien sûr, gratuitement. A la différence de l’analyse, on n’est pas obligé de payer à chaque séance ; mais en fait le maître demande beaucoup plus. Ce qu’il demande a un prix incalculable, car il demande tout : la peau, la chair, les os et le mental et il faut que l’on donne tout, ce qui est d’ailleurs rien, bien sûr, car tout ce que l’on donne n’a pas d’existence réelle, donc ne vaut rien. Il le donne en tout temps, en tout lieu. Parfois on ne peut le voir qu’une seule fois dans sa vie, ou deux ou trois fois. Il est tout de même toujours présent. Mais si on est auprès de lui, la relation peut-être quotidienne, intime et physique, ce qui, évidemment, est très différent aussi de la façon dont on se comporte avec l’analyste...
Il peut arriver parfois que le maître spirituel assume une fonction thérapeutique à l’égard de certains de ses disciples ; une fonction à la fois paternelle et maternelle, pour des disciples dont l’état exige cette préparation. Mais il faut d’abord que le maître ressente s’il en a la capacité ; ce n’est pas évident qu’il en ait la disponibilité non plus. Et s’il sent que le disciple n’est pas prêt, il l’enverra ailleurs pour cette entreprise. De nos jours, en Occident, cette dimension de transfert et de thérapeutique, au sens médical du terme, est souvent constatée en ce qui concerne des candidats disciples occidentaux, qui sont immatures. Ce qui n’a rien d’étonnant parce que, comme vous le savez, la production industrielle la plus réussie de l’Occident n’est pas celle de l’automobile, mais celle des névrosés. Il y a là, bien évidemment, une grande difficulté pratique et parfois des obstacles majeurs. Ces obstacles, en principe, c’est le travail de l’analyste. Vous savez qu’il est à la fois présent et absent, si effacé dans sa dimension individuelle et concrète, que le peu qu’on en voit exister est très circonscrit. C’est un miroir qui parle, qui parle peu d’ailleurs, qui vend de son temps, assez cher, et de sa compréhension quelquefois mais, tout de même, qui donne discrètement de son amour. Je pense, pour ma part, que c’est ce qu’il y a de meilleur dans ce qu’il est capable de faire. C’est de là que dépend bien souvent l’efficacité thérapeutique. En tout cas son silence et sa discrétion permettent à l’analysant d’user de sa parole et de libérer son verbe. Après tout, c’est ce qu’il est venu chercher. Faut-il dire que les motivations de l’analysant sont de niveau très variable, on s’en doute, et qu’elles sont loin d’être toujours spirituelles, de même que tous les analystes ne sont pas prêts à pouvoir entendre de telles demandes...
 Suite de :  Jean Pierre Schnetzler

Photo de Lama Zopa lignée Guélupa de SS Dalaï Lama voir lien de cette page


Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Voilà une très belle présentation du Maître spirituel, ou encore Guru, bien que ce terme - sacré en Orient - soit très mal compris en Occident. Merci Sonam.
Répondre
S
<br /> En fait c'est très simple : il faut être prêt, avoir réglé un certain nb de choses, ne pas trop être névrosé, un "moi" tout de même consolidé pour accepter de le<br /> "perdre"! Merci à toi!<br /> <br /> <br />