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Suite conférence, précédente (ici) : l'inexistence réelle du "moi"
(ici)Jean Pierre Schnetzler Nous en arrivons donc à la méditation ; ou plutôt, aux méditations, car il y a des centaines de techniques dans le bouddhisme. On peut décrire deux grandes familles de technique de méditation, la première est la famille de la concentration : samâdhi, qu’on appelle aussi la voie du calme : samatha yâna, chiné (Zignas thegpa) en tibétain. Cette voie de la concentration aboutit à une série de huit extases ou enstases (en pâli jhâna en sanscrit dhyâna). La deuxième famille est celle de la « vision pénétrante », « vision supérieure », ou « vision transcendante » (en pâli vipassâna en sanscrit vipshyanâ ou en tibétain lag thong). Cette deuxième famille de technique est la seule qui permet d’atteindre le nirvâna ; et c’est donc elle qui est caractéristique de la méditation bouddhique proprement dite, la voie de la concentration lui étant parfaitement commune avec le Râja-Yoga hindou, et avec l’hindouisme tantrique.
La famille de la vision pénétrante consiste à voir, de façon lucide et sage, tous les phénomènes quels qu’ils soient, qu’ils appartiennent au monde matériel ou au monde mental de nos sensations, de nos sentiments, de nos émotions, de notre conscience et de nos objets mentaux.
Le tantrisme, qui constitue la troisième grande école du bouddhisme, utilise pour sa part les mêmes techniques de méditation que celles de la Voie des Anciens (Theravâda : doctrine des anciens) ou du Grand Véhicule (Mahâyâna) en y ajoutant seulement deux caractéristiques qui lui sont propres. La première consiste en des techniques de yoga physique et, je dirais, subtil, qui consiste à maîtriser des phénomènes physiologiques du corps humain et des fonctions mentales qui lui sont correspondantes. La deuxième consiste en l’utilisation de visualisations symboliques comme des mandala..Tout le monde, maintenant, a vu des mandala en Occident, peintures ou dessins représentant des déités, des divinités de méditation qu’on appelle yi-dam en tibétain (yi-dam [la], skt. : istadevatâ, divinité ou déité d’élection) et qui sont des représentations symboliques d’aspect de la sagesse ou de la compassion des Buddha, que le méditant est invité à visualiser, puis à s’identifier, et qu’il dissout, enfin, dans la vacuité. Voilà donc pour les spécificités du tantrisme qui font appel, vous voyez, d’une part à des yoga physiques et d’autre part au mode symbolique de fonctionnement du mental. Le but des pratiques méditatives est de se dégager de ce qu’on appelle les samskâra en sanskrit, qui sont des formations mentales, formées et formantes, ou des dynamismes formateurs, à la fois inconscients et conscients, bâtis par le désir et la répulsion, et verrouillés par l’ignorance. Ils constituent la base des contraintes mentales qui nous ligotent.